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Trop pas assez…à l’autre bout du monde

Trop énigmatique
Trop romantique
Roman authentique
D’une vie sens dessus
Dessous – SDD
Est-ce donc définitif ?

Pas assez lucide
Pas assez compatible
PC -pas d’A sensé -,
Pas assez armée.

Assez jolie endormie
Assez polie éveillée
A ses folies elle sourit
A ses mélancolies elle pleure

TPA : Trop pas assez
Tu peux aimer :
Ta peur animale
Tes plaisirs fugaces
Tes pluies acides
Tes papillons amers ?

Trop en dire
Ou pas assez
Je prends l’ô pour caresser
Je vole pour t’approcher
Je transgresse pour espérer
Je me renverse pour fuir.

Trop conciliante
Trop précieuse
Pas capricieuse
Juste comprécieuse
Facétieuse et préconciliante.

On n’y comprend rien
On me prend tout
Quand on peut
On m’écrase debout
Quand on me veut mal et pas bien.

Pas assez clairvoyante
Pas assez époustouflante
Pas chassé, pas de deux,
Ejectée, entre-chats.

Assez affectueuse -défectueuse
Assez amoureuse, la gueuse
A ses amis elle irradie
A ses amants elle ironise.

Trop pas assez
Séparément juxtaposable
Simultanément irréfutable
Irrémédiablement infernal
Sur une danse endiablée
Tu peux m’aimer ainsi ?

 

                                       

 

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Starsky et Hutch

En exclusivité pour vous, lecteurs de passage ou inconditionnels de l’Ethique et Toc,
 deux extraits d’une série culte, qui je l’espère, raviront vos mémoires
et raviveront votre amour
pour  les deux plus beaux hommes de la planète télévisuelle.
 

Scène 42 : une chambre d’hôtel miteuse avec des murs caca d’oie où un couple fait l’amour dans un lit. (En 1981, j’ignorais ce que faisait les gens sous les draps, je croyais qu’ils jouaient à cache-cache ; je me demandais aussi pourquoi ils le faisaient dans tous les films et comment on pouvait trouver autant de cachettes dans un si petit espace…). Et ….derrière la porte :

"Allez Starsky, défonce la porte parce que j’ai mal à l’épaule gauche…
- okay, Hutch…j’suis sûr qu’il est là-dedans, ce connard de dealer !!
- il va être surpris de nous revoir…surtout toi, avec le coup de boules qu’il t’a mis sur l’épaule gauche avec sa santiag pleine de marijuana.
- heureusement que mon épaule droite est intacte, parce que sinon, j’aurais pas pu rentrer dans la bagnole avec mon style beau blond-perchiste des JO !
- bah, pourquoi ?
- parce que je suis droitier. Je me fais toujours frapper du gauche pour conserver mon style de droite.
- comme moi, Hutch ! sauf que c’est moi qui frappe ; comme ça, je peux rentrer par tous les côtés de la bagnole, même le pare-brise arrière quand il est criblé.
- ne me dis pas que t’as jamais reçu de torgnolles ! j’suis ton coéquipier depuis 15 ans, mon vieux : tu te souviens pas de Mac Haroni ?
- hein ? qui ça ?
- Mac Haroni, le directeur ripoux de la banque de Philadelphie, c’ çui qu’achetait des pâtes bolognaises au pays pour les transformer en rouleaux de faux dollars ! Au passage, son fils, Mac Haron Junior fourgait sa came dans les tuyaux de pâtes pour revendre à des employés de la banques eux-mêmes ripoux : le gang des Rita Mitsuko…
- han ouais, ça me revient….
- et et et ????
- ouais euh j’sais pas moi…
- ben il te l’a cassée gravement !
- quoi ?
- ta gueule.
- ouais bon, c’est du passé, même plus mal.
- bon, Starsky, en souvenir du passé…tu la casses quand la porte ?
- MAINTENANT !!! haaaannnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn !!!!

La porte s’écrase au mur comme une galette de chaise sur un fil à linge dans un ouragan. Starsky et Hutch se ruent sur le lit et empoignent un molosse poilu et chauve avec des plumes entre les dents.

"- Mac DONALD !!!!!!!!!!!!!!!! c’est toi le gros connard qui fabrique du gloubiboulga empoisonné à la cantine de la Duck School ?"

L’homme est surpris, visiblement incommodé par les deux pétards pointés sur ses tempes transpirantes.

"Quand est-ce que t’arrêtes tes conneries, toi, avec ta bouffe de merde ? on t’a pas dit l’année dernière au Poste qu’on allait te déchausser les dents une par une pour en faire des fèves dans des boulangeries françaises, si tu remettais ça une seconde fois ??!!

- euh…c’est pas moi, M’sieur !
- Lieutenant, connard !!
- c’est qui alors ?!!
- c’est mon chef : Mac Hintosch.
- t’en a pas marre de tous ces Mac, Hutch ? parce que moi si…

L’homme tremble comme une feuille. Tout à coup, zoom sur le côté gauche du lit : ça bouge… Une femme apparaît de dessous les draps.

- c’est qui ta pétasse ?
- bonjour Madame…
- euh…
- répond, tête de veau !!!
- t’es qui toiiiiii ??!!!!!! (la femme pleure et serre le drap sous son menton comme une statue virginale)
- alooOOOors, ça vient l’info ?!!!!
- euh….j’vous en prie M’sieur, c’est ma femme !
- mais t’as pas de femme, connard, t’es divorcé 4 fois et t’as tué la dernière en la jetant sous un train !!
- c’était pas ma femme, c’était ma cousine…
- t’entends, ça, Starsky…comme on perd not’e temps avec ce taré !
- ouais, Hutch…va falloir emmener tout ça au Poste pour faire travailler les botins qui nous servent de coussins de chaises."

Le type se lève alors du lit. Mais pas n’importe comment. Il enroule le drap autour de son corps comme naguère Jules César dans sa toge, et se dirige vers la porte. Encore mieux, pire, incompréhensible : la femme se lève aussi ; elle saisit un autre drap qu’elle enroule autour de son corps et hop…et file dans la salle de bain (Starsky l’a autorisée à remettre son slip à plumes, enfin, ce qu’il en reste). 

 

                                                                 ************

Nota (french version) :

 Pourquoi, aux Etats-Unis, on se lève en emportant les draps sur soi ? pourquoi on  ne va pas chercher ses vêtements tout simplement là où on les a laissés ?
N’ayant pas encore de réponse très claire à ce phénomène, je pose cette question en débat. En attendant, bien sûr, vos questions honteuses, délicates ou stupides à venir…avec leurs draps autour, en couronne de laurier.

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Starsky et Hutch roulent tranquillement dans leur bagnole banalisée rouge rayée de blanc sur la Beach Boys Avenue de San Francisco. Hutch est en train de manger des chouquettes américaines, c’est-à-dire des chi-chi dégoulinants d’huile de vidange en forme de boules. Starsky, le beau ténébreux intelligent à futal ultra serré conduit la caisse en plaisantant, comme à son habitude :

"Alors Hutch ? toujours tes fringales de midinette ?
- Woooh, tu sais, c’est des bonnes !
-
midinettes ?
- nan, chouquettes, mon pote !
-
passe-m’en une, tu veux ?
- midinette ?
- nan, chouquette, abruti !"

Tout à coup, débute l’action avec un grand Aaaaaaaaaaaaaaaahh.

- Aaaaahhhhhhhhhhh !! hurle Starsky en écrasant la pédale de frein.

Une vieille traverse brusquement la rue avec un sac Vuiton couleur pisseuse. Altière, elle regarde droit devant elle avec sa coiffure mémère à fixation ultra forte de Studio Line et des bijoux flamboyants comme des décorations de sapin de Noël.

- dis donc, Starsky, ce serait pas notre cambrioleuse de bijouterie ? regarde la dégaine…chuis sûr  qu’elle porte un déguisement…
- un travelo ?
- il faut en avoir le coeur net"

Hutch n’attend pas la coupure du moteur et s’échappe de la portière, qui est fixe (elle ne s’ouvre pas, comme la 1ère série des voitures Majorettes en 1955) mais dont l’astuce est la vitre en position "toujours ouverte", option fondamentale des véhicules de police aux Etats-Unis. Lorsque Starsky sort enfin de l’habitacle après s’être garé au milieu de l’avenue face à un feu vert, Hutch a déjà interpellé la suspecte.

"Vos papiers, Madame, s’il vous plaît !!

La vieille femme paraît surprise et nie farouchement toute implication dans un éventuel casse récent.

"- bon allez, Madame, on va faire un tour au Poste pour un petit interrogatoire en règle
- en règle, ché quoi ? répond Hutch, la bouche pleine de chouquettes.
- c’est le contraire de ce que je vais faire là….regarde…"

Il tire les cheveux de la vieille, comme s’il s’agissait d’une poupée de chiffon.

" Salaud !!! spèce d’infâmes voyous !! je vais porter plainte !!!
- on est pas des voyous, M’dame : on est des flics…
- ouais !! donc, cha chert à rien de portcher plainte !!
- arrête de bouffer, Hutch…la Dame pige rien, et moi non plus.
- okay, j’arrêtche ! bah, cha tombe bien, y en a plus, Starsk…
- excusez-le, M’dame, il est gourmand, mon copain…

- petits coOOOns !!" réplique la vieille, contre toute attente.

Nos deux compères policiers embarquent la vieille à bord de Zebra 3, la caisse spéciale du feuilleton, qui en fait, est une voiture Playmobil zoomée avec un téléobjectif voisin du microscope.

Presque arrivés au Poste, nouveau coup de frein. La vieille échappe d’un cheveu à l’arrêt cardiaque et vomit dans son Vuiton par inadvertance : ses poignets sont menottés et fixés à l’appui-tête avant.

- Heyyyy !!!! hurle Starsky , vise un peu qui j’aperçois là-bas en train de glandouiller avec de la daupe dans les mains, trottoir de gauche !
- wouuuuuhh !!! mais c’est Huggy !! not’ copain-dic camé préféré !!

Et, sortant la tête de la bagnole simultanément tels deux danseurs de bollywood, en zigzagant comme sur une piste de ski :

- "hi Huggy !!
- Hi !!! mes frères !!!
- quoi de neuf dans le quartier, Huggy ? tu nous dis hein !… sinon on t’embarque avec ta poudre à cigarettes russes, d’ac ?
- hahahaha !!! toujours cet humour aussi décapant que mon dernier cirage-à-pompes, hein, les gars !!
- vas-y, accouche, on n’a pas que ça à foutre ; on a un chargement en fin de date de limite de consommation, là derrière !
- ok, men…Bon, ben…j’ai vu une fille tout à l’heure dans la 43 ème rue est-sud-ouest-nord-ouest qui se baladait à poil avec un drap blanc…
- un fantôme ?
- bah, ché pô, moi, les gars…à vous de chercher…moi, mon boulot, c’est juste indic !
- Justin Dick ?
- tais-toi, Hutch, ta blondeur a encore frappé…
- et quoi d’autre ? rien ?
- j’ai vu un grand type dans un bar en train d’ouvrir des valises suspectes, avec un écran lumineux, des touches, et de la musique dedans…
- ouais, Huggy : un radio-cassettes ?
- nan, Hutch : un Nordynateur
- kes cé ksa ?
- sais pas. Mais j’ai bien entendu ce nom-là, parce que le mec discutait avec un pote au téléphone dans une cabine…
- …
- …
- … Hutch… tu penses à la même chose que moi ?
- …ta came, Huggy…c’est quoi en ce moment comme variété ?
- de la colombienne, pure saloperie, mais faut pas gaspiller à ce qu’il paraît : j’suis citoyen du monde, moi.
- t’as une autre info ? sinon on est obligé de fourguer ta saleté dans le coffre blindé du commissariat.
- oh non les gars !! pas ça !!! bon okay…okay…

- ouais ? on t’écoute, Huggy…
- écoutez, c’est in-cro-yable : j’ai vu un clitoris.
- kes cé ksa encore ????!!!
- une espèce de fleur qui pousse entre les pavots de chez ma grand-mère, dans le Nevada.
- et alors ? la fleur a déménagé ?
- eh oui : j’en ai trouvé ici, à San Francisco, dans le Spino’s bar.
- y aurait un vol ? dans les champs de pavots ?
- mais qu’est-ce qui s’barre, sinon ??
- euh…tais-toi, Hutch, t’es vraiment blond, hein…va t’acheter des chouquettes chez Paulette.
- Merci Huggy, pour tes bons tuyaux !! on va enquêter, promis !!".

 
                                                      THE END
 
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Chirurgiens de l’ombre

                                                 

 

Dans les familles, on s’échange parfois les enfants, un week-end ou le temps des vacances, afin notamment, de couper la monotonie du quotidien pour tous. Michel et Odile, le frère et la sœur les plus célèbres de la planète à leur insu, étaient adeptes de cette tradition. Bien sûr, il pouvait sembler étrange de vouloir ainsi reformer le trio infernal de plein gré : quelques heures suffisaient à Jean-Marc, Philippe et Géraldine, pour déclencher un séisme psychologique de niveau 8 avec des dégâts collatéraux toujours épiques et chargés de conséquences. Les parents avaient beau fumer pour se détendre en permanence, ils avaient toujours aussi mal aux mains de servir des beignes à la fin de chaque épisode. Françoise Dolto n’avait pas encore d’impact visible sur l’art et la manière d’aborder la parentalité. Certes, on le comprit plus tard, « l’enfant est une personne ». Cependant, à cette époque où la grande dame était encore incomprise du grand public, on pensait surtout que « l’enfant est né pour emmerder le plus longtemps possible ». Autant accepter cette dure réalité du moment, donc…et œuvrer pour se ménager soi-même, en se débarrassant cycliquement de ses monstres ordinaires, unique manière de ne pas sombrer dans la folie.

Cette année, Odile et Luigi avaient décidé d’envoyer leurs garçons chez Michel et Lydia, parents de Géraldine et son petit frère encore trop jeune pour faire partie des Infernaux. Assurément, un couple allait ramer plus que l’autre ! mais on changerait plus tard… On ne sait si Michel et Lydia s’étaient fait les muscles des mains pour subvenir à leur lourde responsabilité, mais en tous cas, ils étaient heureux de faire une bonne action : offrir une paix royale à des parents éreintés ; paix qui leur reviendrait un jour à coup sûr, en bon investissement familial.

Les intéressés étaient HEU-REUX tout court. Les garçons avaient fait leur valise avec une rapidité incroyable après avoir discuté avec leur cousine au téléphone. Cependant, leur mère avait dû prendre les choses en main rapidement également, car la valise –une grande pour deux-, était au trois quart remplie de choses ludiques : pions, cartes, journaux de Mickey, figurines de dinosaures en plastique, camions de pompier majorette, et autres éléments plus obscurs comme des clous, des serre-joints, et des paquets de cigarettes vides. Le tout était savamment saupoudré de quatre slips, six chaussettes dépareillées, et trois pantalons. Difficile de faire comprendre qu’il manquait un peu d’Essentiel dans ce paquetage pour deux, pour un séjour de deux semaines à l’autre bout du pays.

De son côté, sur le continent tout proche de l’Ile, Géraldine trépignait. Elle noircissait les pages d’un cahier neuf avec ferveur afin de concocter un emploi du temps ministériel de leur Association de Bienfaiteurs de l’Humanité – comprenne qui pourrait, c’est-à-dire personne, à l’époque des faits-.
Pour preuve, son père lui demanda sèchement :

« C’est pas ton cahier de textes pour l’année prochaine, ça ? où l’as-tu pris ?!
- si…euh…dans le carton en haut du placard… ».

Une baffe tomba. Géraldine se mordit les lèvres pour ne pas pleurer : elle était grande maintenant et s’appliquait à résister à tous types d’intimidations ; l’influence des cousins pesait lourd, même en leur absence. Devant un tel esprit d’opposition permanente et d’actes de désobéissance caractérisée, elle s’entendait souvent dire : « Tu es désespérante ! ». Loin de lui saper le moral, cette réflexion lui apparaissait comme une définition unique de sa personne, donc valorisante. Ne pas être comme tout le monde est parfois signe d’une grandeur méconnue de nature quasi divine.

Parfois, on la menaçait d’être mise en quarantaine chez une vieille tante auvergnate lors du séjour des cousins dans la région. Géraldine se lançait alors dans un numéro de séduction pour « calmer le jeu »…un joli dessin plein de cœurs ou un collier de macaronis pailletés lui permettaient en général, d’émouvoir sa mère qui elle-même transmettait son émotion au papa-soupe-au-lait. Lesdites menaces s’évanouissaient ainsi dans les airs comme par enchantement. Qui a dit que ces parents-là étaient sévères ?

Le jour J finit par arriver, mettant un terme aux coups de fils en cachette et aux déballages intempestifs de fournitures scolaires de réserve. Odile et Luigi avait fait le trajet en voiture depuis leur belle région des Alpes ; il eut été dangereux de laisser voyager par le train leur progéniture à double tête et mille et unes bêtises à leur actif. Protéger la planète de ces garnements était un métier à plein temps que nul ne se serait permis de dénigrer. Les retrouvailles avec le Troisième Elément promettaient la renaissance d’idées et d’actes saugrenus, mais ô combien drôles. On ne sait d’où venait cet engouement enfantin pour l’humour décalé, pas encore de rigueur dans la société ; ni comment ces précurseurs du rire à outrance avait réussi à se désintéresser très tôt des Aventures de Nounours sur le nuage du marchand de sable.

Les parents respectifs et hautement respectables par leur statut de gardes-monstres passèrent une journée à discuter et festoyer autour d’une table garnie de fruits de mer, de tartes colorées et de bouteilles, qui selon les dires des enfants, « mettent de bonne humeur ». Rien que cette réflexion signifiait l’intention certaine de tester un jour la bonne humeur alcoolique. Pour l’heure, Géraldine et Philippe complotaient sous la table, assis par terre en tailleur, émettant quelques gloussements en contemplant de près les pieds des convives. Les adultes, lancés dans une discussion animée sur la politique giscardienne, ne s’étaient aucunement aperçu du « glissement » des deux attablés les plus terribles de la famille. Ce ne fut qu’au moment de la disparition de Jean-Marc sous la table que Luigi se manifesta :

« Jean-Marc, reviens à table immédiatement ! » .

- mais papa, je discute avec les petits 5 minutes et je reviens…. » répondit l’intéressé qui avait été obligé de se lever pour aplatir son mètre soixante-douze sous la table.

Etre grand physiquement présente toujours un inconvénient certain pour filer à l’anglaise.

Finalement, les trois éléments perturbateurs avaient réussi à faire circuler leur aura satanique entre le recto et le verso de la table : les petits concoctant des soins de pieds aux parents via la main d’un grand infirmier improvisé -dont-ils avaient les pieds en premier plan-, par des signes et des chuchotements imperceptibles.

Philippe et Géraldine avaient élu les pieds « les plus moches », qui demandaient, évidemment, des soins intensifs bien au-delà de la podologie classique. Lydia fut la patiente décrétée pour un premier essai. Il s’agissait de lui enduire les orteils d’une substance opaque afin de transformer la sandale en escarpin. Dur… Les scélérats ne possédant tout d’abord que des miettes de mets divers jonchant le carrelage, ils durent ensuite solliciter régulièrement Jean-Marc pour du matériel médical de qualité : bouts de fruits, cuillérées de mayonnaise, peaux de saucisson, gras de jambon, valves de moules, etc…

« Assistante !
- oui ?
- compresse, s’il vous plaît !
- allô ? Tour de contrôle ? Murmurait Géraldine le visage en l’air et la joue collée contre une jambe poilue.

Un regard discret et néanmoins hilare au cœur de la pupille glissait de l’étage supérieur afin de lire sur les lèvres de la fillette : « COM-PRESSE POUR LE CHIRURGIEN ».
Jean-Marc prenait alors cet air intello de futur vétérinaire en préparation de thèse sur la vie des girafes en Europe, pour subtiliser un rince-doigt au citron vert et l’offrir aux plasticiens du bloc opératoire du niveau – 1. Les secours arrivent souvent du dessus, c’est bien connu…

« Assistante !
- oui ?
- scalpel !
-SCAL-PELLLL !!!!

Cette fois, le prestidigitateur se muta en penseur de Rodin pour attraper nonchalamment de la main gauche une olive avec un cure-dent et poussa le professionnalisme jusqu’à transmettre le tout. Il y eut un petit brouhaha des fins fonds du bloc dû à mouvement d’humeur du chirurgien, qui ne comprenait pas pourquoi on lui donnait une olive avec le scalpel ; heureusement, l’assistante usa de tact pour trouver une utilisation à ce matériel-surprise : un plombage de pied, qui fut mis entre deux orteils avec précaution infinie. Les chirurgiens sont des artistes, par-delà les âges et à tous les âges, c’est bien connu…
Lorsque Jean-Marc subtilisa une pâte, les choses se compliquèrent curieusement et sonnèrent le glas des soins sauvages en sous-table.

« Assistante !
- Oui ?
- plâtre !
D’un souffle, Géraldine communiqua la requête à la Tour de Contrôle :
« PLA-TREUHH ! ».

Hélas, le technicien eut du mal à interpréter la vibration le long de ses jambes. Il hésita puis, d’un geste un peu prompt, cette fois, ramassa une tagliatelle toute grasse dans l’assiette de son voisin… et père. Tel un oiseau insectivore, déposant son butin dans de petits becs ouverts, la pâte fit un vol plané de l’assiette aux bandits des dessous de tables.


Jean-Marc s’empourpra. Les convives venaient d’observer ce vol de pâte qui avait tout l’air d’un larcin à mobile hautement mystérieux. On lui posa même une question….mais pas celle qu’il attendait : « et toi ? Qu’est-ce que tu penses de Giscard ? ». Moment de silence. Seuls quelques frottements venant des souterrains furent audibles….l’équipe médicale travaillait en toutes circonstances, même les plus critiques !
« Euh…. » fut le seul jugement de Jean-Marc sur le Président de la République. Ce qui, contre toute attente, relança les grosses voix de Michel et Luigi sur « le je-m’en-foutisme des jeunes en matière de politique » et « les carences de l’Education Nationale », doublée de « l’imbécilité culturelle des enfants intelligents », comprennent- qui- pourrait ; le terme imbécilité était « en travaux » dans les définitions du Larousse de l’époque.

Le relancement de la discussion parentale eut l’effet d’un halo de protection céleste, douce musique des voix tour à tour graves et aigües, qui réconforta le livreur de pasta inopiné. Cependant, Géraldine se manifesta à l’esprit imbécile en politique et dur de la feuille.

« PLA-TREUHHH ! PLA-TREUH ! File une serviette !! »

Jean-Marc tenta vainement de subtiliser celle de son père, placée sous un coude solidement plaqué. Le mieux était encore de faire les choses franchement, pour ne pas éveiller la méfiance, fussent-elle étranges. Profitant de l’animation ambiante, autour de la jeunesse de Raymond Barre, il tendit tout simplement le bras pour saisir une serviette en perdition au milieu de la table. Ladite serviette disparut derrière la nappe en direction des abîmes quasi instantanément.

« T’as pas ta serviette, Jean-Marc, pour piquer celle des autres ? gronda le Paternel dans son oreille droite.
« euhhhh….je sais plus où elle est, la mienneuhh…
- et où est-elle maintenant, l’autre serviette ?
- beuhhhhh….je sais pas….j’comprends pô, elle était là y a deux minutes !
- tu crois que je n’ai pas compris ton manège ? Tu balances tout sous la table, ‘spèce de grande brèle…!!!! ».

Ça sentait le roussi, assurément. Les chirurgiens du bloc semi-enterré ressentirent certainement les répliques très proches du séisme du dessus, car ils se firent moins précis sur le plâtrage du pied-beau de Lydia.
« Ouh…ce que ça me gratte le pied, nom d’un chien…!!! ». La jolie maman de Géraldine se pencha et se trouva nez à nez avec les deux podologues clandestins. D’habitude, elle était plutôt calme et gentille, selon les dires des enfants. Même qu’elle mettait rarement des claques…
On ne sait ce qui se passa dans sa tête ce jour-là ; mais contempler ses pieds recouverts de déchets alimentaires ne lui fit pas plaisir du tout. Elle hurla et s’empressa de dégager l’équipe médicale de la position accroupie.

« Tiens !! Dit-elle à Odile, v’là le tien !! » Et de pousser Philippe dans les bras de sa mère, spécialiste en beignes depuis la création du chocolat Poulain….c’est dire !
On entendit des protestations de la part des médecins, outrés qu’on les prennent pour de vulgaires éboueurs, soutenus par la « grande brèle », toujours entre deux feux. CLAC CLAC ; Philippe et Géraldine eurent chacun une baffe maternelle accompagnées d’insultes paternelles très sonores. C’est ça, l’esprit de famille. Jean-Marc s’en tira avec une punition écrite sur le lieu du crime : « je ne dois pas jeter de la nourriture par terre » à tous les temps de l’indicatif ; tandis que les deux podologues du dimanche furent sommés de disparaître dans une chambre jusqu’à nouvel ordre.

« tu as mal, Géraldine ?
- un peu oui…et toi ?
- oui….mais….c’est mieux que de copier des verbes !!
- on s’habitue à tout, de toutes façons…
- bah…moi je ne m’habitue pas à me faire engueuler pour rien. »

Un homme, un vrai.

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Manuel

 

 

C’est par la  porte entrebâillée de l’arrière-boutique qu’ils firent connaissance. Elle, avec sa gouaille enfantine accentuée d’une queue de cheval démesurée et insolente, lui avec son tablier de cuisine et sa toque blanche. Un œil indiscret avait remarqué ce jeune homme affairé avec les gamelles en inox, les manches remontées au-dessus du grand évier en mosaïque ; visage inconnu se profilant par à-coups sur l’écran de cinéma imaginaire qu’offre une ouverture de porte sur deux ou trois centimètres.

 

« Pssstttttttt !!!

 

- …

 

- psssssssssssssssstttttt !!!!

 

- oui ?…euh….bonjour !

 

- je peux entrer ?

 

- bien sûr…

 

- bonjour !

 

- re-bonjour, Mademoiselle !

 

- je ne vous ai jamais vu ici…

 

- c’est que je viens pas encore assez souvent, alors !

 

- qu’est-ce que vous faites ?

 

- ben, tu vois : la vaisselle…

 

- c’est tout ?

 

- je fais aussi les livraisons, la préparation des terrines, quelques découpes aussi…

 

- han…

 

- je ne savais pas que Monsieur Gillardeau avait une fille…

 

- il n’a pas de fille, juste une nièce : moi.

 

- ah…voilà ! Et…tu es peut-être en vacances ? ce qui expliquerait qu’on ne soit jamais vu auparavant…

 

- oui. Mais ce n’est pas la première fois que je viens  ici ! c’est au moins…la dixième fois que je viens ! ou peut-être la vingtième…Avant, y avait le vieux Albert…vous le connaissez vous, le vieux Albert ?

 

- euh non, mais j’imagine que c’est l’ancien commis de cuisine…ancien, donc « vieux », ouais, ça se tient…

 

- donc, vous le remplacez ? mais l’est où, le Vieux Albert, maintenant ? vous le savez ? moi je l’aimais pas : il avait une drôle de tête, comme les méchants dans les films…

 

- ah ?… mais je ne sais pas où il est cet Albert…sans doute à la retraite, non ?

 

- possible. Peut-être qu’il en avait marre de travailler à Paris, aussi.

 

- où travailles-tu, toi ? pas à Paris ?

 

- moi je ne travaille pas !! m’enfin…n’importe quoi : j’ai  9 ans ! sauf que, je vais à l’école des fois. A Saint-Martin, là où le ciel descend sur le sable sans bâtiments pour le gêner.

 

- hahaha !!! mais c’est où Saint-Martin ? Sur la lune ?

 

- presque : sur l’Ile de Ré.

 

- l’Ile Dorée ??

 

- naaaannn !! DE Réééééé !!!!!

 

- te fâche pas, je me renseigne ! et puis j’ai toujours été nul en géo.

 

- bon…comment on dit déjà : « faute avouée…euh… »

 

- « à moitié pardonnée », je crois…

 

- c’est ça !

 

- je trouve que vous êtes beaucoup plus beau qu’Albert, vous savez ?

 

- hahaha !! ben s’il était vieux et moche, je n’ai qu’un petit mérite…

 

- vous avez quel âge ?

 

- 19 ans !

 

- ouh la !! c’est à la fois vieux et jeune, comme âge…

 

- comment ça ?

 

- ben c’est beaucoup plus grand que 9, mais beaucoup plus petit que 100.

 

- il avait 100 ans Albert ?! la vache !!

 

- oh presque !

 

- tu me fais rire…va falloir que j’aille tailler quelques biftecks avec ton oncle à côté…tu reviendras me faire la causette demain matin ?

 

- oh oui. Je viendrai jusqu’à la  fin des vacances, parce que vous êtes beaucoup beaucoup plus sympa qu’Albert…

 

- alors à demain ! ».

 

FERMETURE DE PORTE…..PUIS REOUVERTURE…..

 

- au fait : je m’appelle Léonor !

 

- très joli nom…moi c’est Manuel et tu peux me dire « tu ».

 

C’est ainsi que dès le lendemain et les jours qui suivirent, Léonor mit un point d’honneur à descendre à la boutique dès 8h du matin afin de ne pas rater l’arrivée de son nouvel ami, qu’elle appelait secrètement dans sa tête, le « vaisselier »… Sa tante Eulalie s’étonna d’un tel empressement matinal pour une enfant qui d’habitude occupait ses premières heures de la journée à passer en boucle les disques de Cloclo et le dernier Pink Floyd  en exécutant des chorégraphies complexes en sous-vêtements Petit Bateau décorés de sigles cabalistiques en vernis à ongles multicolore. Comme elle avait déjà éclaté pas mal de vases et bibelots divers sous l’œil épouvanté du chien, qui ne possédait plus d’audition depuis longtemps, Eulalie vit ce soudain intérêt pour le travail en boucherie comme une Révélation, voire une réponse à ses prières pour l’assagissement de sa nièce.

 

« Pas de musique ce matin, ma chérie ?

 

- hé non, je ne peux pas : Tonton a besoin de moi à la boutique, faut que je sois là pour superviser !

 

- superviser ? ben dis-donc… » répondit Eulalie en dissimulant son envie de rire par un sifflement admiratif acrobatique.

 

- et ne t’inquiète pas : je ne touche pas aux couteaux, ni à la moulinette. Je me contente d’encourager les travailleurs en cherchant les bonnes stations de radio… ».

 

Sur ce, Léonor descendait l’escalier qui menait à la cuisine du magasin, avec du matos de choix : calepins, crayons, magazines, et quelques paquets de gâteaux secs.

En fait, elle s’en servait peu. Après un rapide état des lieux –vitrine, pièce principale servant à la vente, cuisine et arrière-boutique-, Léonor attendait 8h30 avec impatience. L’heure de Manuel. Le tonton n’était pas dupe. Habituellement, Léonor l’observait en exclusivité, l’interrogeant inlassablement  sur l’art de découper la viande de cheval afin de plaire aux amateurs de fricassée de canassons. Manuel avait bouleversé la donne, bien malgré lui. Avant même qu’il eut mis un pied dans la boutique, Léonor observait la façon dont il garait dans la cour son cheval mécanique nommé Piaggio –selon l’étiquetage vétérinaire bien visible des experts à couettes et chaussettes bariolées-. Naturellement, Léonor avait demandé à essayer le casque du prince charmant, détail important qui donnait au héro ce côté « belphégorien » si séduisant. Manuel s’était prêté au jeu de bonne grâce, parce qu’il était non seulement plus beau que le vieil Albert : sa gentillesse était infinie.

 

Puis la fillette débutait son long travail de « supervision », selon son propre vocabulaire. Assise sur la première  marche de l’escalier,  il lui fallait bien cette « super vision » d’héroïne de l’espace pour capturer dans son esprit tout les faits et gestes du jeune commis. Les matinées lui paraissaient même trop courtes ; signe d’une passion à fort pouvoir aveuglant. Le tonton semblait soulagé de ce transfert d’intérêt. Manuel, quant à lui, paraissait tout heureux de susciter la même admiration qu’Alain Delon dans le Samouraï.

 

« - Qu’est –ce que tu découpes bien ! entendait-on souvent.

 

- bah, je fais ce qu’on m’a appris, tu sais…c’est le métier de boucher qui rentre !

 

- oui, on voit déjà que tu es un grand professionnel, Manuel : tu es le Picasso de la viande !

 

- hahaha !!! et toi, tu es une sacrée superviseuse…et tu connais Picasso, en plus ?

 

- mais évidemment, enfin ! Je connais plein de choses qui ne sont pas de mon âge, vois-tu.

 

- comme quoi ?

 

- la discographie d’Elton John, la vie privée de Stone et Charden, la vie secrète des extraterrestres sur la voie lactée, tous les animaux du monde –y compris les loup-garous-, les premières pages du dico jusqu’à la lettre F…

 

- ouh la la !! impressionnant !, s’exclama Manuel en riant. C’est quoi cette histoire de premières pages de dico ?

 

- eh bien, j’ai décidé d’apprendre tous les mots du dico !

 

- mais…ça va te servir à quoi ?

 

- je ne sais pas ! mais j’aime faire des choses qui ne servent à rien. A l’école, je m’ennuie…faut que je trouve sans cesse des choses à faire différentes de ce qu’on veut m’apprendre pour sortir de l’ennui… ».

 

Manuel écoutait le verbiage de la fillette sans jamais une once d’ennui, quant à lui. Sans doute découvrait-il avec joie ce qu’était la sincérité, la fraîcheur et le goût du fantastique propre aux enfants, traits qui lui-même l’avaient quitté depuis quelques années maintenant. On est jamais conscient de ce que l’on est au moment où l’on vit son présent ; et comme pour conforter ce perpétuel décalage, l’intérêt des autres pour notre personne sans contour nous paraît singulier, et relevant du miracle. Des amitiés naissent ainsi sans que l’on sache comment ni pourquoi ; des amours, aussi, quelles qu’en soient les issues…

 

Un matin, point de Léonor sur le pas de porte pour accueillir le jeune homme à 8h30. « Elle fait sûrement la grasse matinée », pensa Manuel. 9h30, 10h30, et toujours cette absence à laquelle il trouva d’autres explications rassurantes, avec une boule à l’estomac, cependant : « elle doit faire ses devoirs… » ; « elle doit regarder la télé » ; « elle doit être sortie avec sa tante pour je-sais-pas-quoi… ».

Profitant d’une accalmie de clientèle dans la boutique, il osa apostropher M. Gillardeau :

 

« - Léonor va bien, aujourd’hui ? on ne la pas encore vue…

 

- je suppose que oui ; elle n’était pas encore réveillée lorsque je suis descendu ce matin à 7h…elle a une telle énergie, tu as remarqué ?

 

- euh oui, en effet…

 

- elle doit récupérer ! ».

 

Manuel n’était pas satisfait de cette hypothèse, pas plus que des précédentes dont il était l’auteur. Il mourait d’envie de gravir l’escalier afin de frapper à la porte de l’appartement pour en savoir plus, mais impossible d’outrepasser certaines conventions sur le lieu de travail. Le destin vint à son secours. A 11h, le pas lourd de la tante Eulalie retentit dans l’escalier, et Manuel s’empressa de l’accueillir ou de la cueillir au tournant entre la rampe et l’étal.

 

« Bonjour, Madame Gillardeau !

 

- bonjour mon p’tit Manuel, ça va ?

 

- oui oui, très bien merci…et Léonor ? euh….et vous-même ? se rattrapa-t-il maladroitement de son lapsus qui faisait figure d’impolitesse.

 

Eulalie sourit bizarrement, aucunement surprise de cette priorité affective et répondit directement :

 

« Léonor est malade. Elle a de la fièvre et je m’en vais à la pharmacie pour acheter des cachets. Notre ami le Docteur Brown passera cet après-midi vers 16h ».

 

Attristé, Manuel bafouilla quelques vœux de prompt rétablissement puis prétextant qu’un robinet était mal fermé dans l’arrière-cuisine, s’éclipsa en balbutiant des séries de « merci » et « zut alors ».

 

Le lendemain, Manuel osa poser la question fatidique à laquelle il avait réfléchi toute la nuit.

« Dites, Monsieur Gillardeau…je pensais….enfin…enfin, j’avais envie de vous demander…est-ce que je pourrais voir Léonor juste 5 minutes, après le travail, pour lui dire bonjour ? ».

 

Manuel serra les poings dans ses poches, sous le tablier de cuisine, pour conjurer le sort au cas où la réponse fut négative, voire pire : allait-il se faire enguirlander en plein mois de juillet ? Mais le tonton Jean était bon ; Manuel se demanda un instant ce qu’un Jean bon faisait à la tête d’une boucherie chevaline.

 

« Mais bien sûr, tu peux ! tu n’as qu’à passer ce soir, après la fermeture ; tu verras Léonor et on causera un peu d’autres choses que du boulot ! ça nous fera du bien ! et puis, on le sait tous que Léonor t’aime bien…elle sera contente ! ».

 

A 19h30, passant devant le rideau de fer à croisillons, Manuel s’engouffra dans l’entrée de l’immeuble attenante et sonna à l’appartement du premier, porte droite. Depuis le début de son stage, il avait déjà eu l’occasion de monter au domicile de ses patrons, mais jamais à cette entrée d’immeuble…toujours par la boutique… et toujours en tablier… ! Fébrile, il sonna. Tante Eulalie apparut sur le seuil en robe d’hôtesse noire à ramages pourpres, avec ses mules à pompon qui faisaient tant rire Léonor. La silhouette sèche de Jean-le-bon se dessina dans l’encadrement deux secondes plus tard, tandis que le clébard –un danois qui ressemblait à un cheval d’appartement- tentait de se frayer vainement un passage entre la robe d’hôtesse et la porte. Les premières civilités du soir accomplies –Manuel avait eu le tact d’offrir un bouquet à la tantine-, Léonor déboula, en trombe, dans le salon, vêtue d’une chemise de nuit fleurie et de pantoufles en éponge. Elle se précipita au cou de Manuel en s’exclamant : « tu es venu ! tu es venu !! », comme s’il eut été le Messie en personne. Cela fit beaucoup rire l’assemblée, et le jeune homme découvrit une Léonor, certes un peu pâlotte, mais toujours aussi réjouie de sa présence. Manuel lui tendit un paquet rectangulaire qu’il cachait sous sa veste…La fillette, émue, perdit son entrain et murmura : « Pour moi ? ».  C’était un livre sur les chats. Reliure dorée, 160 pages. Manuel avait dû en avoir pour une fortune, mais sans doute avait-il trouvé ce cadeau à la hauteur de son affection pour Léonor. Tandis que Jean et Eulalie s’étaient lancés dans une litanie de « il ne fallait pas… » , « elle est déjà trop gâtée », « c’est bien trop… », Léonor demanda à Manuel d’une voix chancelante  : « pourquoi les chats ? j’aime bien les chats, comment tu le sais ?

 

- parce que tu as des yeux de chats, qui observent…à l’affût : la supervision… ! »  répondit le jeune homme avec un sourire doublé d’un clin d’œil.

 

Ce jour-là, Léonor sut qu’elle aimerait toute sa vie être malade. Mais pas trop. Juste ce qu’il faut pour recevoir un cadeau de celui qu’elle aime.

 

Léonor rétablie de sa grippe, la vie « normale » reprit son cours à la boucherie. Le tonton travaillait 12 heures par jour ; la tantine donnait parfois un coup de main à la caisse en fin de matinée, période d’affluence de la clientèle ; Manuel faisait la plonge, préparait terrines, steaks, livrait quelques rôtis à de fidèles clients, et donnait beaucoup de son énergie à accrocher les morceaux de viande gigantesques sur les esses de la chambre froide. Léonor lui avait maintes fois fait remarqué qu’on distinguait la queue de l’animal et tout juste si les sabots n’y étaient pas. Il avaient de grandes discussions métaphysiques sur la vie animale et la consommation de viande d’animaux familiers. Léonor s’insurgeait contre les bouffeurs de chevaux depuis longtemps ; elle refusait même de manger les savoureux steaks découpés par Tonton Jean.

 

« ça a un goût d’animal domestique, le steak de cheval ; j’aime pô du tout !! beuurrrrrkkkk !! ». C’était un sujet de prise de bec récurrente avec son oncle et sa tante, évidemment ; mais ceux-ci avaient capitulé, face à la détermination de Léonor : elle ne mangeait que du porc et du poulet, accessoirement du mouton. Même refus devant le lapin…

 

Manuel écoutait avec intérêt la politique de Léonor, et donnait parfois un avis qui allait dans le même sens, mais avec plus de tolérance pour ce qui relève de « la liberté de chacun de manger ceci ou cela »…en insistant sur le fait que les chevaux de boucherie étaient de vieux animaux, qui seraient morts de toutes façons… Se refusant à blesser Léonor  lorsqu’il n’était pas de son avis,  il se contentait de hocher la tête et de sourire. Manuel possédait assurément la Sagesse, du haut de ses 19 ans ; nul doute que Léonor l’atteigne un jour elle aussi, mais beaucoup plus tard…

 

Le temps passa. L’année suivante se profila, Pâques, puis les vacances d’été. Paris de nouveau. La boucherie. Manuel. De magnifiques vacances cette année-là, avec des rires, des supervisions en pagaille, des sorties –Manuel l’emmena visiter la Tour Eiffel un samedi après-midi-, des dégustations de pâtisseries fines en cachette, dans l’arrière-cuisine, des moments de délire sur des musiques à la mode écoutées à la radio…

 

Puis un jour, quelque chose de terrible arriva à Léonor. Bien pire que sa grippe. Bien pire que ce qu’elle pouvait imaginer. Après deux années de bonheur dans la boucherie Gillardeau, Manuel annonça son départ. Manuel allait travailler dans un autre commerce avec plus de responsabilités…Manuel allait faire sa vie. Sans Léonor.

La petite fille dû faire ce deuil ce cette amitié singulière. Un autre employé fut embauché plus tard à la boucherie, mais sans intérêt à ses yeux…de chat.

 

Peu avant son départ, Manuel offrit un autre livre à Léonor : « Le système solaire et les étoiles », peut-être en signe d’attachement éternel malgré la rupture des chemins.

 

« Et moi ? que puis-je t’offrir ? » dit Léonor les larmes aux yeux.

- Grandis ! et sois heureuse ! je n’oublierai jamais ton nom ».

 

Des années plus tard, alors que la jeune fille  fêtait son dix-huitième anniversaire, sa tante Eulalie lui dit :

 

« tu te souviens de notre ancien commis, le p’tit Manuel ? ton grand ami d’enfance…

 

- bien sûr Tantine…

 

- il nous a écrit, regarde !

 

- ah…il va bien ? que dit-il ?

 

- très bien oui : il s’est marié l’année dernière et il vient d’être papa. Sa fille s’appelle Léonor… ».

 

Léonor se figea et un frisson la parcourut tout entière.

« Encore un  beau cadeau » pensa-t-elle.

 

  

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Les bijoux

                                                    

« Paul, tu m’ouvres ?

 

- nan .

 

- Paul, ouvre-moi !

 

- nan euuuuh !!

 

- je dois récupérer Mathilde, donc tu ouvres cette porte, maintenant !

 

- je suis occupé…

 

- qu’est-ce que tu fais ? ouvre, je te dis…sinon je casse un carreau de la fenêtre.

 

- bon d’accord…mais tu attends 5 minutes avant d’entrer, d’accord ?

 

- d’accord, 5 minutes, pas plus. »

 

Bruit de tour de clé. J’attends quelques instants puis appuie sur la poignée. J’entre dans la chambre.

Un spectacle presque ordinaire s’offre à ma vue : mise en scène délirante purement naturelle, dans la grande tradition des Artistes d’improvisation. L’effet est toujours magistral ; ça me fait des aller-retours d’adrénaline des pieds jusqu’au crâne, comme un verre de liqueur à l’échalote après une journée en altitude.

Paul est nu comme un ver. Il est effectivement très occupé à tenter d’entailler son sexe avec une paire de ciseaux…à papier, certes…mais quand même. Une fillette qui mâchouille un scalp de Playmobil observe le spectacle assise en tailleur en émettant des gazouillis admiratifs.

 

« Paul, arrête ! donne-moi ces ciseaux immédiatement.

 

- naaan !

 

- bon, arrête au moins ce que tu es en train de faire…

 

- mais, je fais une expérience, fous-moi la paix !!

 

- je vais me mettre en pétard si tu me causes comme ça, tu le sais ! on va faire sortir Mathilde et tu vas m’expliquer un peu tes expériences, ok ?

 

- pffff…mais pourquoi tu m’embêtes toujours, Philomène ?

 

- c’est mon job, qu’est-ce que tu veux…et puis je t’aime bien. Des expériences fatales, c’est pas intéressant.

 

- fatales ? c’est quoi fatales ?

 

- laisse tomber. Pourquoi tu veux couper ton zizi ?

 

- mais je veux pas le couper !! n’importe quoi !!

 

- alors, à quoi te servent les ciseaux ? à faire des dessins p’têt ?

 

- écoute….si je te le dis, tu répèteras à personne, hein ?

 

- promis, juré, emballé, pesé, étiqueté !

 

- hein ?

 

- je disais : d’accord, je garderai tes explications comme un grand secret dans ma tête.

 

- bon alors….voilà : lorsque je touche mon zizi, je sens qu’il y a des choses dedans…et je voulais voir ce qu’il y avait à l’intérieur, tout simplement !

 

- Y a des choses dedans ? sans blague ? comme un Kinder surprise ?

 

- tu me crois pas, dis ?

 

- siii ! mais… sont où ces choses, exactement ?

 

- lààà ! regarde !!! je sens comme des boulettes….et c’est pas le zizi que je voulais couper…mais plutôt làààà !

 

- je vois : les œufs de Pâques !

 

- ils sont en chocolat ?

 

- non, c’est une expression pour rire ; je crois que ça s’appelle des testicules. Tu n’as pas regardé ton livre d’anatomie que tes parents t’ont offert à ton anniversaire ? c’est sûrement écrit dedans…l’est où ce bouquin déjà ? dans la bibliothèque ?

 

- nan, sous mon tapis. C’est Mathilde qui le regarde, souvent…

 

- c’est pas un livre de bébé pourtant…passe-le moi, tiens.

 

- dis donc, l’est tout esquinté !! pourquoi la reliure est toute défoncée ?

 

- je voulais voir ce qu’il y avait dessous…donc j’ai gratté avec mon couteau-suisse rouge.

 

-  c’est fou ce qu’on peut détruire avec un couteau-suisse en plastoc !

 

- mais c’est rien !! y a toujours toutes les pages, regarde !

 

- oui oui, bon. Que disions-nous ? Testicule, c’est le mot qu’on recherche…

 

- pas envie de chercher, Philo. Dis-moi ce que c’est, toi, tu le sais.

 

- oui…Parfois, savoir des choses oblige à partir sur des chemins d’explications qu’on n’est pas sûre de pouvoir mener jusqu’au bout…

 

- quoi ??

 

- rien, je disais que ce n’est pas évident de parler de choses anatomiques qu’on ne connaît vaguement que de l’extérieur.

 

- je comprends pas ce que tu dis….mais bon, alors, tex-ticul, c’est quoi ?

 

- des rognons de lapin, il me semble.

 

- c’est quoi des rognons ? le lapin doudou de ma sœur, il en a ?

 

- les bêtes en peluche n’ont rien dans le corps à part de la mousse….pas la peine de les éventrer avec ton couteau-suisse, d’accord Paul ?

 

- oui d’accord…

 

- les rognons sont les reins des lapins vivants.

 

- et comment ils se retrouvent sous mon zizi ? c’est bizarre, ça….

 

- je sais pas. T’aurais pas des lapins dans ta famille ?

 

- wooohh, tu te moques de moi, là, Philomène, hein ?

 

RIRES ….

 

- un peu, mais c’est parce que je t’aime bien.

 

- alors ? si je coupe, je pourrai prendre les tex-ticul dans la main ?

 

- non. Ce ne sont pas de petits animaux, mais des organes comme le cœur, le foie, les poumons, tu vois ? donc, ça ne bouge pas, ça ne parle pas, mais il faut les conserver, sinon, ton corps ne fonctionnera plus correctement. Et puis, je serai obligée de t’emmener aux Urgences si tu te coupes la peau ! ça va beaucoup saigner…ça pourrait même remplir ta piscine bleue jusqu’au 3ème boudin !

 

- oh nooOOOOn !!!! je veux paaaaas !!!

 

- ben alors, pas touche, c’est compris ?

 

- oui.

 

- ouffff !! tiens, rhabille-toi donc…

 

 

- Philomène…

 

- oui ?

 

- quand je serai grand, je me marierai avec toi, je pense.

 

- ah bon ? tu n’as pas peur que je sois trop vieille ?

 

- oh non : j’aime bien tes cheveux et tes grandes jambes, et aussi quand tu joues au foot avec moi.

 

- surtout que je récupère les ballons perdus facilement, en enjambant les murs des voisins…

 

- oui….donc, tu seras jamais vieille.

 

- si tu le dis… je vais tenter d’y croire, après tout, c’est bientôt Noël.

 

- à Noël, tous les voeux se réalisent, tu sais ?

 

- même ceux des adultes ?

 

- oh sûrement, y a pas de raison.

 

- bon…je vais y réfléchir…faire des listes….

 

- tu as des voeux ?

 

- un, sûr, déjà : que tu arrêtes de faire des bêtises plus grosses qu’un troupeau d’éléphants !

 

- woooh, mais j’en fais plus !! j’suis grand !!!

 

- depuis 2 minutes, alors….

 

 

 RIRES…

 

 

- t’en voudras combien, toi, des enfants ?

 

- comment ?

 

- quand on sera mariés, tous les deux, tu voudras qu’on ait combien d’enfants ?

 

- ouh la la…je sais pas si j’ai bien fait d’intervenir tout à l’heure….

 

- mais dis-moi, allez…..combien ?

 

- un !

 

- un, c’est tout ? oh non, moi j’en voudrais au moins 4 !

 

- c’est que j’en ai déjà deux, tu sais !

 

- oui, mais tu peux en avoir plein d’autres !! autant que tu veux !! le Père Noël est généreux, tu n’as qu’à lui mettre un mot au pied du sapin, je suis sûr qu’il te dira OUI.

 

- haha !! la vie est si simple, tu as raison. Et il n’y a que le Père Noël pour me dire OUI, c’est évident…! mais, je ne te suis pas : c’est le Père Noël qui apporte les bébés ?

 

- mais noooon !! enfin, tu sais pas ça, Philomène ?

 

- j’ai dû oublier….dis-moi donc, alors…

 

- le Père Noël te donne envie d’embrasser ton mari (donc moi) pour que tu aies ensuite plein de bébés dans le ventre !

 

- je savais pas, dis-donc. J’ai eu une sacré veine de ne pas en avoir 3500, des enfants, jusque-là.

 

- mais 3500, c’est trop. Moi j’en veux 4 : deux garçons et deux filles.

 

- bon…on se marie quand ?

 

- ben attends, faut que je grandisse un peu. Je ne fais que du 30 en pointure. Pourtant, mon père, il dit que j’ai des grands pieds.

 

- et une grande tchatche aussi ?

 

- nan, y dit pas ça.

 

 

SOURIRES….

 

 

- j’en reviens pas que tu savais pas tout ça, Philo…

 

- ben j’avais oublié, je t’ai dit…et puis, comme ça, on a échangé de la Science : je t’ai appris les testicules, et toi, la manière de faire les bébés.

 

- on est tellement savants qu’on pourrait faire la maîtresse dans un cirque !

 

- absolument, Paul. Et il y aurait des spectateurs par milliers, comme les jouets du Père Noël, dans sa hotte magique. »

 

 

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Sous les toits

                        
 
Sous les toits, c’est mieux que sous les ponts. Juste en dessous du chapeau pointu, tu sais…
Là où l’eau ruisselle en trombes, déversée par un Eole furieux qu’on croyait mort, apaisé…
Perchée, je suis, comme un pigeon d’Eglise, une prisonnière éclairée de donjon.
Mes mains s’égarent sur les poutres blanches, l’ampoule suspendue à son fil improbable tangue et diffuse ses halos de boîte de nuit un peu partout dans l’antre, fantômatique…
 
Sous les toits, c’est mieux que sous les ponts. Juste avec toi dans mes châteaux pentus, tu sais…
Là où il fait bon vivre ce qu’on a décidé ou ce qui s’est présenté avec faste fortuitement, à nos yeux  incrédules qu’on croyaient crevés par l’inconsistance du monde, irraisonné.
 
Elancée sur un cheval ailé, je suis ; telle une Amazone de série Z, une écuyère de cirque fantasmagorique…
Mon imagination vagabonde au gré des rafales, de la marche turque aux infernales walkiries, du trot anodin des gouttes au galop foudroyant d’un Tornado débridé sans corps, sans queue, ni tête.
 
"Urgence", entends-je entre deux sifflements ; si, si, je t’assure, je te rassure, j’en suis sûre…
 
Sous les toits, c’est mieux que sous les ponts. Juste sans toi dans mes chansons d’amour, tu sens ?
Là où tout semble élevé et étriqué à la fois, où l’on est livre parmi les livres, encastrée dans l’ennui impalpable et enfouie sous des entités à pages épaisses qui vous écrasent, mutilant vos sens, annihilant vos désirs jusqu’à l’envie de respirer.
 
Mon émoi sans toi
Mon aimant sans toit
Mon étoile sans té ni elle, euh….
 
C’est dans les hauteurs que l’oxygène manque et révèle des délires étranges, tu vois…
 
Mes mots s’inscrivent au lavomatic, entre deux bourrasques aggressives et des milliards de perles d’eau.
Je vois que tu m’aperçois, du bout du doigt sur le carreau,  traçant un signe à courbes dans la buée.
 
Sous les toits, c’est mieux que sous les ponts. Juste en dessous de toi, posture septime pour me protéger, tu veux ?
Là où la foule me regarde sans m’atteindre
Là où la houle se garde de m’attendre
Là où l’ampoule danse, blafarde, sur mon ventre.
 
Au lointain, des ricannements presque humains de notes venteuses infiltrées dans les dernières feuilles de l’année me glacent et figent mes espoirs de toi -avec thé ou sans ?- en de ténus cristaux aux branches harmonieuses. Santé !
 
Mon coeur se consumant est sans cesse arrosé. Neptune me transperce de son trident en d’infâmes incantations. Je pleure, mais l’eau lacrymale se noie dans la mer, tu vois, on ne voit pas, même pas toi…
La fumée s’exhale de son corps qui saigne, mais l’entaille de coeur se fond dans le rouge ordinaire de l’organe de Vie.
 
"Tu fumes ?
- Non ! je n’aime pas la fumée…
 
- Tu as froid ?
- Non ! je porte un gant de main gauche, côté coeur…
 
- Tu vas bien, alors ?
- Non ! mais est-ce si important ? J’ai un toit et une taie
  J’ai un toi et parfois deux T ; j’ai un toi étêté, c’est selon.
 
- Entêtée, tu es….tu sais ?".
 
Sous les toits, c’est mieux que sous les ponts. Juste en dehors du temps avec toi.
 
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